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Actualités & Revue de la Presse

Patrick Mbeko de la plate-forme « Les Enfants du Congo » répond aux questions de Magalie Bourrel de la première chaine de la radio allemande( Deutsche welle), sur le rôle des multinationales Canadiennes dans le conflit en RD Congo.


MB : Bonjour, pourriez-vous vous présenter svp?

Pat Mb: Je m’appelle Patrick Mbeko, membre effectif de la communauté congolaise de Montréal(COCOM). Je viens de mettre sur pieds une plate-forme dénommée « Les enfants du Congo » qui pour mission de veiller à l’émergence d’un État de droit dans notre pays la RD Congo. L’une de ses premières actions consistera à mettre sur pieds une pétition sur les agissements des entreprises minières canadiennes au Congo car nous savons tous que la guerre qui sévit actuellement là bas est une guerre strictement économique. Cette pétition sera présentée aux parlements du Canada et du Québec. Le but étant de forcer la tenue d’une commission parlementaire sur les agissements de ces compagnies minières.

MB : C’est parti de quoi tout ça?

Pat Mb : C’est parti du fait qu’il ya une reprise des hostilités à l’Est de notre pays entre la rébellion du CNDP de Nkundabatware et le gouvernement central de Kinshasa. Nous savons pertinemment bien et comme je l’ai dit précédemment que c’est une guerre avec des raisons financières derrière. Nous avons parti ce mouvement pour dénoncer cette situation et surtout pour faire connaître ce conflit car nous avons remarqué que les media n’aiment pas trop en parler et quand on en parle, ça ne reflète pas souvent la véritable réalité. Raison pour laquelle ,dans notre plate-forme, nous comptons organiser des actions publiques, signatures de pétitions, affiches ,voire même manifester contre les media qui cachent la vérité au peuple Canadien qui ne sait pas par exemple leurs fonds de pension, leurs REER, leur argent contribuent à alimenter des conflits en Afrique et particulièrement en RD Congo ou l’on compte
aujourd’hui plus de six millions de mort.


MB: Êtes-vous né au Congo?

Pat Mb : Oui

MB : Dans la région du Kivu?

Pat Mb : Non, moi je suis né dans la capitale Kinshasa.

MB : Ça fait combien de temps que vous êtes à Montréal?

Pat Mb : Huit ans

MB : De quelle façon, vous vous tenez justement au courant de la situation là bas puisque c’est dur d’en entendre parler dans les media ?

Pat Mb
: Nous avons quand même la chance d’avoir de la famille là bas, certains parmi nous, ont des parents assez bien placés pour être au fait des événements et des vrais enjeux qui s’y déroulent. Je dirai même que nous sommes mieux places que plusieurs qui se référent aux media qu’aux acteurs de premier plan qui sont sur le terrain et qui savent réellement ce qui se passe. Aujourd’hui on en entend parler un peu partout, les media rapportent et quand on en parle, c’est toujours la même problématique. On décrit toujours les guerres africaines comme étant des guerres interethniques. Et pourtant, il n’est un secret pour personne ,vous remarquerez que la majorité des conflits armés en Afrique se trouve dans des pays riches en matières premières qui intéressent les multinationales étrangères.

MB : Selon vous, comment les canadiens perçoivent-ils ce conflit? En tout cas ceux qui sont au courant.

Pat Mb : Je pense qu’il ya une certaine hypocrisie de la part de ces personnes, raison pour laquelle elles préfèrent cacher la vérité ou refusent juste d’en parler. Ces gens là savent que les actions de leurs compagnies ne sont pas bonnes et ils devraient en parler objectivement, ce qui n’est pas le cas. Des media d’état comme la télévision nationale Canadienne RDI en parlent, il ya des reportages, mais la réalité comme telle n’est vraiment pas soulevée. C’est toujours la même peinture du conflit. D’une part, on a un Nkundabatware qui défend la minorité tutsie du Congo et d’autre part un gouvernement à Kinshasa qui défend l’intégrité du territoire. Or la réalité est que dans tout ce conflit, les enjeux sont strictement d’ordre économique, surtout que l’histoire nous a appris que les guerres de cet ordre ne sont pas faites pour être gagné mais plutôt pour être entretenue. Plus on entretient la guerre,
plus on se fait de l’argent, c’est comme ça que ça marche. Je pense que la deuxième guerre mondiale nous l’a prouvé. Tout a été dit sur Hitler, mais on a jamais dit qu’il était aide par des multinationales américaines, GM, FORD, IBM, ITT. Qui ont approvisionné Hitler en essence, huile moteur pour les chars? C’est Chevron, Exxon, mais ça on ne le dit pas. Tout ce qu’on nous présente, c’est un mauvais Hitler et de bons occidentaux, mais dans les faits, on a sacrifié des innocents pour de l’argent et on le fait encore aujourd’hui au Congo, on sacrifie des congolais pour l’argent.


MB : Qu’est ce qui se passerait d’après vous, admettons que les multinationales Canadiennes, les entreprises minières étrangères quittaient la RD Congo?

Pat Mb : (sourire) Je ne pense pas qu’elles vont quitter, c’est ça le capitalisme sauvage. D’ailleurs depuis que les compagnies canadiennes Se sont établies en RD Congo, le gouvernement canadien a mis en place des politiques pour les permettre de continuer à faire tout le vacarme qu’elles sont entrain de faire là bas. Elles ne partiront pas, elles font assez de profits pour quitter. Mais l’histoire nous apprend que la liberté ne s’offre pas, elle s’arrache. Si les congolais l’ont arraché des mains des belges en 1960, je pense qu’ils pourront encore le refaire cet exploit là. Ces multinationales doivent comprendre qu’en agissant comme elles le font chez nous, elles ont crée une haine dans les cœurs des congolais et cette haine va bientôt se matérialiser en action. Alors là, elles seront obligées de partir. On l’a vu au Venezuela, les multinationales ne pensaient pas qu’elles partiraient ou passer aux mains de
l’état. La détermination du peuple vénézuélien a eu raison des grosses multinationales et il en sera de même au Congo. J’ai foi en mon peuple et je sais qu’il relèvera ce défit et il réussira.

MB: Qu’attendez-vous du gouvernement canadien et des canadiens?

Pat Mb : Au gouvernement je demanderai de mettre en place des politiques qui respectent au moins les droits de l’homme. Je pense que si ces multinationales viennent chez nous avec des objectifs clairs et positifs, nous allons faire affaire avec elles. C’est ça l’économie, on fait affaire, on échange et on signe des contrats. Mais quand on signe des contrats léonins au détriment du peuple et de façon consciente, ce que là, il ya problème et c’est au gouvernement d’y remédier en incitant ces compagnies à respecter les droits de l’homme. On a par exemple le cas d’Anvil Mining qui fourni des armes aux militaires pour tuer des gens qui protestaient contre ces politiques. Cette compagnie a été responsable du massacre de plus de cent personnes, le massacre de Kilwa. Le gouvernement canadien était au courant et n’a rien fait malgré les pressions. En Australie au moins, une enquête a été ouverte puisque la compagnie est en
partie australienne aussi. Ça prouve que ce gouvernement est complice de ces multinationales. Aux canadiens, je dirai que c’est un peuple bon. Je pense qu’ils doivent être au fait de la réalité .Je pense aussi que Les canadiens peuvent faire la différence en demandant au gouvernement d’être clair quant à sa politique étrangère et surtout de refuser de faire partie d’un système qui finance des guerres en enrichissant des enfants canadiens tout en tuant des enfants congolais. Les enfants canadiens vivent dans la paix, la joie, ils vont à l’école, ils ont tout ce qu’ils veulent mais l’enfant congolais qui est au Kivu, qui travaille, qui n’est pas payé, il a 5,6, 7 ou même 8 ans ,il ne connaît pas la joie de vivre, tout ce qu’il sait faire malheureusement, c’est creusé dans les mines de coltan, d’or, de diamants . Je pense que les canadiens a le devoir de se dissocier de ce système en mettant plus de pressions
sur le gouvernement pour qu’il y ait des changements.


MB : Pensez-vous qu’il ya beaucoup de Canadiens qui placent leur argent dans les fonds de pension, fonds de retraite et qui ne savent pas cet argent sert à financer des guerres ailleurs comme au Congo?

Pat Mb : Évidemment, ce n’est pas seulement au Canada, dans presque tout l’occident, souvent la population n’est pas au courant des agissements de leurs gouvernements. Je pense que si vous faites un sondage et que vous demandez comment le Canada est perçu, on vous dira que c’est un très bon pays sauf que le gouvernement conservateur de Stephen Harper brise un peu cette réputation en s’alignant sur les politiques de G Bush. Mais si vous dites au monde que le Canada est impliqué dans plusieurs conflits en Afrique, ça va être une révélation étonnante pour plusieurs. On cache toujours la vérité, on manipule, il ya de la propagande mensongère un peu partout et c’est à ça que servent aussi les media. Ces media souvent sont contrôlés par ces mêmes personnes, grands décideurs, dirigeants des multinationales et j’en passe. Par exemple, le journal La Presse appartient a Desmarais, on retrouve dans le conseil
d’administration du groupe Quebecor propriétaire du journal de Montréal certaines personnes siégeant dans le conseil d’administration de Barrick Gold. Ça les gens ne savent pas. Raison pour laquelle, pour mieux contrôler l’information, les pays de l’Amérique latine avec le nouveau vent Chavez, ont crée telesud, les arabes ont crée Al jazeera. C’est juste pour apporter une nouvelle façon de voir les choses, de concevoir les choses pas à la CNN à la TV5 ou à la Radio-Canada.


MB : Comment les congolais du Kivu voient les Canadiens aujourd’hui?

Pat Mb : Écoutez, les gens sont déçus. Toute cette situation ne fait que créer une certaine haine de l’occident. Même Jean Ziegler, rapporteur de l’ONU a fait un bouquin là dessus (La haine de l’occident), il l’explique clairement. Vous vivez dans l’opulence et la paix pendant qu’il ya des gens qui vivent sur des terres riches mais dans la pauvreté la plus totale. Ça n’a aucun sens. Tout ça parce qu’on met en place des politiques, parce qu’on a beaucoup d’argent et qu’on peut financer des guerres, on peut faire n’importe quoi. C’est ça la réalité.

MB: Est ce qu’on va bientôt voir le drapeau canadien brulé au Congo?

Pat Mb : Si ça continue, Je pense que Oui. Malheureusement. Il ya un nouveau vent de changement en Afrique, il ya une nouvelle génération plus éveillée. Regardez par exemple au Nigeria, il ya des attentats dans les industries pétrolières étrangères et au Congo, ça va être pareil. Vous savez le massacre de Kilwa, c’était parce que les gens se sont levés contre Anvil Mining et ses pratiques maffieuses. Malheureusement, on a massacré des gens mais ces personnes là sont au fait des évènements, elles savent que les canadiens financent Nkundabatware. Ces canadiens là ont pactisé avec le diable au détriment de la population congolaise, mais cette population là est consciente aujourd’hui. L’histoire nous démontrer qu’en faisant souffrir même le plus faible, ce dernier finit par se rebeller, il devient incontrôlé et peut même remporter la victoire. Nous avons le cas d’Haïti de Toussaint Louverture qui a fait
capituler l a puissante armée de Napoléon. Il ya la révolution française. Des grands hommes sont tombés, des empires sont tombés à cause des peuples.

MB : Avez-vous quelque chose à ajouter?

Pat Mb : J ‘en appelle surtout à la responsabilité des media. Qu’ils disent la vérité, qu’ils fassent connaître ce conflit. Que les gens sachent qu’il ya aujourd’hui des gens qui sont considérés comme des animaux dans leur propre pays pour l’enrichissement des compagnies étrangères occidentales pendant que des enfants congolais vivent dans la misère. Et dans le malheur.

MB : Pourriez-vous me reparler de votre organisation ?

Pat Mb
: Les enfants du Congo est un groupe de pression qui ne vise que l’avènement d’un Congo meilleur. Notre combat ne s’arrêtera pas seulement à la dénonciation des compagnies canadiennes, à la pétition que nous préparons pour soumettre au parlement pour la mise en place d’une commission parlementaire. Nous voulons qu’il y ait de la démocratie chez nous. Nous savons que les dictateurs africains trouvent souvent leurs ressources en occident .Notre organisation va se battre pour que ce système change car nous voulons que notre pays soit un état de droit, un état démocratique ou tous les congolais pourront vivre dans la sérénité, la paix et la joie. Les congolais doivent être fiers d’appartenir à un pays avec des richesses qui font leur bonheur. Notre organisation ne compte pas s’arrêter au niveau de la communauté congolaise de Montréal (COCOM), nous allons étendre nos tentacules en Afrique, en Europe et aux
USA car ce mouvement se veut un mouvement de masse .Qui sait peut être un jour, il inclura d’autres frères africains car c’est toute l’Afrique qui est au prise avec ce problème.


MB : Votre mot de la fin sur l’exploitation canadienne des ressources minières en RD Congo.

Pat Mb : Les canadiens se disent humanistes mais ils tuent et pillent le Congo. Le jour viendra ou les congolais vont se prendre en charge et tout ça finira. Celui qui tue par l’épée périt par l’épée et une chose est sure, la patrie ou la mort, le Congo vaincra.

MB : Merci beaucoup.


Pat Mb : C’est moi qui vous remercie.


Propos recueillis par Magalie Bourrel.